Santé: pourquoi certains morts se “réveillent” à la morgue ou à leur enterrement ?

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Pourquoi certains morts se “réveillent” à la morgue ou à leur enterrement ? C’est une question que beaucoup de gens se posent à laquelle ils ne trouvent pas de réponses concrètes. Pour d’autres, c’est une situation à peine croyable, et qui pourtant est arrivée récemment à plusieurs personnes de par le monde. Pour mieux percer ce mystère, francetv info a interrogé Pierre-François Laterre, chef du service des soins intensifs aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles (Belgique) et président de la Société de réanimation de langue française.

Le médecin, Pierre-François Laterre nous donne quelques exemples des cas de réveil de personnes déclarées décédées. En France, un bébé de 14 mois qui s’était noyé dans une piscine gonflable, lundi 11 août, a temporairement repris connaissance à la morgue, avant de mourir “une seconde fois” peu après. En mars, un vieil homme avait subi la même mésaventure dans le Mississippi, bénéficiant d’un sursis de deux semaines. Enfin, il y a un mois, aux Philippines, une petite fille s’est réveillée lors de ses funérailles ; elle a aussi été finalement déclarée morte une seconde fois, après un nouvel examen. Trois histoires funèbres qui posent une question de fond : comment est-il possible d’être déclaré mort cliniquement et de se “réveiller” ?

A la question de savoir, dans quel cas une personne peut-elle être déclarée morte, et pourtant reprendre vie peu après ? Monsieur Pierre-François Laterre répond : Il existe deux grands scénarios potentiels. Certaines intoxications médicamenteuses, tout d’abord, comme avec des barbituriques, qui peuvent plonger une personne dans un coma profond avec une activité cérébrale très basse, un tableau métabolique faible et une impression de respiration quasi absente. Le second cas est celui d’une hypothermie ou d’une noyade en eau froide. Le souffle et le pouls, qui peut ralentir jusqu’à 20-30 pulsations par minute, peuvent devenir très difficiles à détecter. Toutefois, chaque cas reste particulier.

Que se passe-t-il en ce moment-là ?

Docteur Pierre-François Laterre répond : Le corps passe dans une situation d’hypométabolisme. En temps normal, les cellules consomment en continu de l’énergie, de l’oxygène, etc. Maintenant, si les cellules sont plongées dans une activité énergique basse, notamment du fait d’un refroidissement du corps, on peut les préserver plus longtemps sans apport d’énergie ni d’oxygène important. On constate une forme d’hibernation, en quelque sorte. Par conséquent, si l’on sort de l’eau un enfant violacé, avec le sang qui n’a pas l’air de circuler et qu’on ne fait pas d’examen électrocardiographique, un médecin ‘’seul habilité à signer le certificat de décès’’ peut le diagnostiquer mort. Or, le corps finit par se réchauffer, le sang recircule, ce qui “réveille” la personne.

Il a ajouté que le temps où l’on peut  rester “mort-vivant” dépend des cas. Ce qui est sûr, c’est qu’une personne ne peut pas rester dans cet état indéfiniment sans respiration ni battement de cœur. Sinon, on aurait déjà réussi à conserver les corps grâce au froid ! D’une façon générale, le cœur peut rester environ 15-20 minutes sans activité, et autant de temps en phase de réanimation, c’est-à-dire lorsqu’on entreprend une ventilation artificielle et un massage cardiaque. En hypothermie, les besoins des cellules sont moindres, donc on peut rester plus longtemps en vie “dormante” avant de mourir. Mais on dispose de peu de données à ce sujet.

A la question de savoir pourquoi dans la plupart des cas, on constate que les personnes ne survivent pas à cette renaissance ? Il répond :

Lorsque le sang se remet à circuler, il irrigue des tissus qui ont souvent été victimes de manque d’oxygène (on parle de lésions d’ischémie reperfusion). Le sang rencontre ainsi des tissus détruits qui vont s’activer et se débarrasser des éléments endommagés. Ces cellules créent une réaction inflammatoire en chaîne au sein de l’organisme. La personne décède ensuite de défaillance d’organes car les dégâts systémiques sont trop lourds, en particulier au niveau cérébral. C’est le cas des personnes piégées longtemps à haute altitude. Elles entrent en phase d’hypothermie, deviennent inconscientes et peuvent rester plusieurs heures ainsi, en vie. Mais les tissus se nécrosent, le froid provoque des gelures et les cellules, gorgées d’eau, finissent par éclater. La durée de cette phase détermine l’étendue des dégâts.

Peut-on imaginer que des gens soient morts une deuxième fois dans leur cercueil, après avoir recouvré la vie mais sans possibilité de sortir ?

En 2014, avec les moyens dont on dispose, cette idée ne me paraît pas plausible. Pour une raison simple, d’ailleurs : il faut souvent un délai d’un à plusieurs jours entre la constatation de la mort et l’enterrement. Cela laisse au corps le temps de se réveiller.

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